IV - Le contexte

1) Pourquoi la crise

A/ Chronologie

Début 1996, suite aux graves difficultés de l'année 1995 avec moins 15% de chiffre d'affaires par rapport à 1994 et une perte représentant 8% de celui-ci, le personnel unanime acceptait des sacrifices importants comme l'abandon de la moitié du 13ème mois et d'une semaine de congé ainsi que le blocage provisoire des salaires.
Il est vrai que les dirigeants actuels de la coopérative n'étaient pas encore embauchés à cette époque ou avaient peu d'ancienneté et pas de poste à responsabilité !
Cette solidarité a permis d'éviter tout licenciement et a redressé l'entreprise en moins de 18 mois malgré une perte équivalente cumulée par l'abandon de notre projet de diversification «multimédia», suite au refus des coopératives de soutenir notre action, début 1997.

B/ Quelques explications sur la crise

Un grand nombre de sociétaires, dont certains travaillaient pourtant depuis plusieurs années, favorisés par un management démocratique, a eu à l'égard des dirigeants fondateurs et notamment de Marc BESNAINOU une ingratitude, un irrespect et une sournoiserie qui laissent rêveur ...

Les sociétaires, qui pourtant m'élisaient à l'immense majorité, n'ont eu cesse et à tour de rôle, avec l'appui non innocent des structures fédérales coopératives, de vouloir rejeter sur moi seul la responsabilité des mauvais résultats de l'entreprise alors que je les informais régulièrement, exécutais les décisions prises et tentais d'apporter des solutions comme :

  • le redéploiement de la clientèle et la conception d'outils de contrôle du travail commercial,
  • l'élaboration de «check-list» et de fiches quotidiennes de travail pour la production,
  • la rigueur salariale en ces temps difficiles et la mise en place d'entretiens d'évaluation ...

C/ En interne, ils travaillèrent par étape

2) L'intervention des instances coopératives

Il apparaît que lorsqu'une SCOP fait des profits et que son responsable est investi dans les structures coopératives, celles-ci ne sont pas regardantes sur la façon dont peut être gérée ou managée l'entreprise.
A contrario, si d'aventure la SCOP commence à connaître des difficultés et que son dirigeant est absent des structures coopératives, la moindre médisance débouche sur un interventionnisme unilatéral et dirigiste.
Ce fut hélas le constat pour A... .

L'encouragement des structures coopératives à la contestation interne ne fait aujourd'hui aucun doute ; la question qui reste à ce jour posée est pourquoi l'éviction à tout prix du seul PDG, au demeurant le dernier fondateur en exercice, le plus investi dans les responsabilités et dans le temps de travail au sein de la SCOP.

Pervers est donc ce système que d'avoir pour principe la «gestion démocratique» et de proclamer la «possibilité d'entreprendre autrement, en cherchant à optimiser les compétences individuelles et collectives de ses salariés associés», alors qu'en fait, la réalité des difficultés que peut rencontrer une entreprise met à mal ces beaux principes. Il est plus simple de s'acharner sur le seul dirigeant que l'on ne veut pas entendre, bouc émissaire prétendument unique responsable des problèmes de la coopérative !

Est-ce cela l'éthique coopérative : faire et défaire des dirigeants de coopératives, au risque de sacrifier des entreprises que ces structures sont pourtant censées aider ? Au nom de quelle stratégie ?
Pourtant accompagner la pérennité et le développement économique des SCOP est une des lignes d'actions du «livre blanc de développement coopératif» de mai 2005.

3) Le redressement que j'avais envisagé

Je me décidais donc, sur les conseils avisés de notre commissaire aux comptes et du Secrétaire Général de la FICG (la plus importante fédération patronale d'imprimerie) à laquelle nous avions adhérée en 1998, de rechercher un partenaire commercial (problème endémique d'A... ) afin de pouvoir lui céder, dans les meilleures conditions possibles, le fonds de commerce.

Bien que délicate, la situation économique de l'entreprise qui, par ailleurs, avait toujours fait face à ses engagements, s'améliorait malgré les intrigues et «sabotages» de tous bords, la déresponsabilité des sociétaires et par voie de conséquence la démotivation du personnel.
En effet, le redressement était en bonne voie, puisque déjà entrepris à plus de 75% : moins de 7 K€/mois de perte (résultat avant impôt) pour les 3 premiers mois de 2005, contre 17 K€/mois en 2004 et 30 K€/mois en 2003. (Annexe II)
Ce résultat aurait dû encore s'améliorer de par la démission non remplacée d'un salarié fin avril et de deux crédits baux arrivant à échéance (économie supplémentaire de 60 K€ pour l'exercice 2005) s'ajoutant au produit exceptionnel de 115 K€ d'actions de sociétaires partis en 2004.

La cession du fonds de commerce restait valable même au prix plancher de 260 K€, soit 10% du chiffre d'affaires annuel, alors que selon le «barème d'évaluation d'un fonds de commerce» (utilisé généralement par les experts et les tribunaux) pour une imprimerie, le produit de la vente se situe entre 10 et 50% du CA TTC. Cette nouvelle société devenue apporteur d'affaires, avec 50  K€/mois en moyenne, aurait permis à la direction d'A... de conserver en l'état les concours bancaires. Elle aurait ainsi comblé les pertes cumulées en moins de 18 mois avec un encadrement rigoureux des charges et l'assainissement du climat social.

J'en ai discuté à deux reprises, au moins de façon informelle, avec le Conseil d'Administration élargi au Directeur et aux responsables de service les 19 avril et 12 mai 2005. Cette démarche n'avait soulevé ni désaccord ni projet contradictoire. Je laissais donc à la prochaine Assemblée Générale Extraordinaire, régulièrement fixée au 26 mai 2005, le soin de débattre et de décider des modalités de poursuite de notre activité.

En conséquence, je remis le 23 mai 2005, un dossier complet auprès d'un cabinet d'avocats spécialisé, Maîtres F. et B., en vue de la désignation, par le tribunal de commerce de Paris, d'un mandataire ad hoc conformément aux dispositions récentes d'anticipation sur les difficultés des entreprises. (pièce 9)

Ainsi, cette cession du fonds de commerce se serait faite avec le maintien obligé de tous les emplois (effectif minimum que j'estimais nécessaire), la continuité dans les paiements aux organismes sociaux et à l'ensemble des fournisseurs (qui ne souffraient d'aucun retard de règlement jusqu'au 31 mai 2005).

4) La réalité a été bien différente, en effet :

Les trois courriers (27 mai, 13 juin et 21 juillet 2005) que m'a adressés Mme KM sont révélateurs de l'état d'esprit qui règne à A... depuis mon éviction. Par exemple, ces courriers citent 30 fois les mos société, entreprise ou imprimerie, contre 1 seule fois le mot coopérative et encore pour m'en reprocher la transformation en société privée. (pièce 1, 1bis et 1ter)

Malgré l'opposition par une majorité de sociétaires (représentant plus de 60% du capital) à la cession de leur entreprise, qui s'est manifestée :

  • par une pétition du personnel le 27 septembre 2005 avec 2 sociétaires,
  • par un courrier remis aux instances judiciaires par les fondateurs de la SCOP, à l'audience du 10 novembre 2005, (pièce 12)

le tribunal de commerce de Paris décide le 24 novembre 2005 de la cession du fonds de commerce de notre société à A... 2 (sarl-scop au capital de 5 K€, en cours de création, émanation de la sarl-scop E... 2 ).

www.besnainou.info